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26/09/2013

S'organiser pour bien manger : 4. La Fabrique à menus, fabrique à banalité ?

Je n'avais pas forcément l'intention d'écrire un billet sur la Fabrique à Menus, ce nouveau service en ligne qui s'est fait connaître il y a quelques mois à grands renforts de pub. Mais de nombreuses personnes m'ont demandé ce que j'en pensais (via twitter notamment) et le plus simple est de leur répondre (tardivement) ici.

La Fabrique à menus est un service lance par le PNNS (Plan National Nutrition Santé) pour aider les personnes à élaborer des menus équilibrés.

D'abord, une remarque sur le principe : l'équilibre nutritionnel se fait sur la durée avec une alimentation variée, on n'a absolument pas besoin que chaque repas soit parfaitement équilibré.
D'autant plus que ce souci de repas équilibré peut conduire à manger trop, ce que j'observe souvent chez des patient(e)s : on n'a plus faim après le plat, on a fini son assiette, mais on mange quand même laitage et fruit au nom de l'équilibre...

Ensuite, le format proposé (les menus) me rend perplexe : n'est-ce pas plutôt de plats dont on a besoin ? Je ne connais pas beaucoup de personnes qui prennent le temps de préparer quotidiennement entrée/plat/dessert. Le repas comprend plus souvent, au moins en semaine, un plat et un dessert tout prêt (laitage, crème dessert, fruit, compote...).

Enfin, qu'en est-il du contenu lui-même des repas ? J'ai fait plusieurs essais pour tester le système.

D'abord la version "large" entrée/plat/dessert : un exemple de menu proposé pour un dîner du lundi pour deux personnes :

Concombre à la menthe
Œufs aux poivrons et tomates
Haricots verts extra-fins et blé
Fromage blanc nature
Prune reine-claude
Pain

On se demande bien qui va avoir le temps de préparer tout cela... Et puis, ai-je vraiment besoin d'un site pour me dire de cuire des haricots verts et du blé ? Pourquoi y a-t-il forcément du pain à tous les repas ? Bien sûr, on a besoin de manger des féculents mais ils sont apportés à chaque fois aussi par un autre aliment. On peut manger un peu des deux pour la variété mais les quantités paraissent assez importantes.
Autre bizarrerie, les oeufs. Car le repas de la veille, le dimanche est celui que vous voyez ci-dessous, donc déjà avec des oeufs.

Salade de maïs et de tomates fraîches
Œufs brouillés aux poivrons
Gâteau de pommes de terre à la provençale
Sabayon aux prunes (maison)
Pain

On peut quand même les garder un peu au frigo, ce ne sont pas des restes à consommer rapidement... C'est un repas du dimanche, proposé pour le dîner, sans doute long à préparer. Il n'y a pas d'indication de portion mais cela parait vraiment copieux alors que souvent, on a bien mangé le dimanche midi. Etrange à nouveau, un sabayon à base de jaunes d’œufs alors qu'on mange des œufs brouillés...

Je suis vraiment interloquée par le nombre de plats et le temps de préparation associé. Ainsi le repas du vendredi soir serait : 

Bricks aux pommes et au comté

Boulettes de viande aux épices
Petits pois-carottes
Fromage
Raisin blanc
Pain

Laissons donc de côté cette option de repas complet. Soyons minimalistes : on peut choisir l'option plat-dessert et même ajouter une mention "repas express". Mais alors on peut se retrouver face à cette proposition un peu basique me semble-t-il et en même temps peut-être pas des plus économiques si on veut une certaine qualité...

Tranches de saumon fumé et salade
Fromage
Banane
Pain

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Dans ce exemple, farfalle le lundi, spaghetti le mercredi, pâtes au quinoa le jeudi, salade de macaronis le vendredi. OK, j'aime les pâtes mais quand même...

J'ai quand même noté un progrès entre mes premières visites et celles plus récentes : le critère de la saison semble avoir été davantage pris en compte et on parle par exemple de prune ou de figue. 

Il y a eu un gros travail informatique derrière ce site, pour fournir la composition des menus. Mais la machine peut-elle vraiment remplacer la personne avec la complexité de ses préférences, ses envies, ses contraintes...

Certaines personnes ne savent pas cuisiner. Ou n'ont pas l'envie ou la possibilité de le faire. Ce site ne répondra pas à leur problématique. J'entends souvent aussi des personnes qui me consultent se plaindre du manque d'idées. Mais est-ce vraiment ce type de menus qui va les attirer ? N'attendent-elles pas des suggestions un peu plus savoureuses et originales ? Pour ma part, même si je fais parfois des suggestions au départ quand cela est nécessaire,  je préfère développer progressivement l'autonomie des personnes dans la composition de leurs repas, en leur faisant prendre conscience de leurs capacités d'imagination et d'organisation.

Par exemple, prenez une feuille de papier, mettez-vous éventuellement à plusieurs, et listez les repas que vous aimez bien manger le soir, pas trop compliqués. Vous verrez que les idées ne manqueront pas..

Et vous, ressentez-vous le besoin de ce type de site ? Si vous l'avez utilisé, votre avis m'intéresse ! (j'avoue que je n'ai pas poussé le dévouement à ce blog jusqu'à suivre leurs menus, j'ai des recettes plus appétissantes qui m'attendent...).



04/12/2012

La Minute Gourmande du 4 décembre : stop aux injonctions !

"Cinq fruits et légumes par jour", "Ne grignotez pas entre les repas", Mangez moins sucré, moins gras, moins salé, ... que d'injonctions ! Vous n'en avez pas assez ? Qu'en dit la Minute gourmande ?

A propos du grignotage, on peut aussi relire ceci

25/03/2012

Combien de légumes par jour ?!

Cela faisait partie des nombreuses questions que l'on m'a posées hier samedi, lors de l'intervention que je faisais devant les traductrices, traducteurs, interprètes : "Faut-il vraiment manger 5 fruits et légumes par jour ?". Ce message a été tellement véhiculé par le PNNS (Programme National Nutrition Santé) que tout le monde le connait, mais la plupart des personnes pensent ne pas l'appliquer et cela génère beaucoup de culpabilité et d'inquiétude ("suis-je vraiment en train de mettre en danger ma santé ?"). Côté santé, les choses ne sont pas si simples...

Pour ma part, je ne fixe pas de règle stricte, je recommande surtout d'avoir une alimentation la plus variée possible, naturelle, de saison, colorée et cela comporte logiquement des légumes et des fruits. Et j'essaie toujours d'aider la personne à comprendre pourquoi éventuellement elle néglige cette catégorie d'aliments. Par goût, par habitude, par manque de savoir-faire culinaire, par impression de manquer de temps pour faire les courses et/ou cuisiner, par peur de gaspiller, ... Ainsi, si vous vous posez des questions, vous pouvez vous amuser vous aussi à faire le bilan sur quelques jours : si vraiment vous mangez très peu de légumes et de fruits, demandez-vous comment vous pourriez faire évoluer vos habitudes.

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Pour le plaisir bien sûr ! Pour ma part, je les aime (presque) tous et je ne vois pas comment je pourrais me passer de fruits et de légumes. Je ne compte pas combien j'en mange mais je sais que si j'en suis privée un ou deux jours, j'en ressens très vite le manque. Et faire un repas à base de légumes me satisfait tout à fait. Ainsi, samedi soir, mon chef personnel avait concocté un plat de légumes mijotés dont il a le secret, une sorte de variation sur les artichauts à la barigoule, des petits artichauts italiens avec de la tomate, de la salade, des carottes, des petits pois, des lardons pour le goût, ... Un régal !

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A propos de la consommation de fruits et légumes, j'avais tourné en 2011 une petite video  à la demande de la Maison du Cancer, un site informatif et concret.

Et vous, êtes-vous inquiet(e)s de ne pas manger assez de légumes ?

20/01/2011

Peut-on manger sain et pas cher ?

J'ai été interrogée par France 3 sur ce thème pour le journal de mi-journée d'hier mercredi 19 (visionnable quelques jours). On a réalisé un reportage sur un marché parisien. Je voulais faire passer quelques idées mais bien sûr, le montage n'a pas forcément gardé ce qui était le plus important pour moi.

soupe celeri 001.jpg

Deux idées de base, qui ressortaient toutefois me semble-t-il (relayés par une consommatrice), pour manger sain, BON et pas cher, c'est :

- cuisiner et non faire appel à des produits tranformés, des plats tout préparés ;

- suivre les saisons des aliments.

Cela présente non seulement des avantages pécuniaires mais aussi gustatifs.

En revanche, j'ai été déçue au global car j'ai trouvé que mon intervention était gâchée par le discours tenu par Serge Hercberg, responsable du PNNS (Programme national nutrition santé) en plateau. Il a affirmé avec certitude qu'il y avait une "fracture alimentaire" selon la catégorie sociale. En fait, il dit, sur la foi d'études (et je ne le conteste pas), que les familles modestes mangent "moins sain" (selon ses critères, c'est-à-dire moins de fruits et légumes, plus gras, plus sucré).

OK pour le constat. Mais quid des causes ? Je suis persuadée que ce n'est pas seulement une question d'argent. On peut relire à ce sujet un billet que j'avais écrit il y a un certain temps. Selon moi, c'est aussi une question d'avoir appris à cuisiner et d'en avoir envie, de prendre le temps pour cette activité en y trouvant un intérêt, d'influence des images de valorisation proposées par la publicité alimentaire, ... C'est donc beaucoup plus compliqué que seulement une question d'euros disponibles dans son portefeuille.

Qu'en pensez-vous ?

 

17/07/2010

Comprendre le comportement alimentaire, c'est compliqué !

Il y a quelques jours, j'ai assisté à un très intéressant colloque de l'lNRA (Institut National de Recherche Agronomique). Il s'agissait de la présentation d'une "expertise collective" qui a consisté à analyser et synthétiser 1600 articles traitant des comportements alimentaires.

Les trois enseignements clés que les chercheurs ont tiré de ce travail colossal étaient intéressants. Les voici :

- il est très difficile d'établir un lien de causalité entre l'alimentation globale et la santé. Cela peut paraître étonnant tant on entend de discours sur les bienfaits de tel ou tel aliment ou groupes d'aliments. Mais le fonctionnement du corps humain est tellement complexe, les interactions entre aliments tellement nombreuses, le temps d'apparition de certaines pathologies tellement long qu'on ne peut établir vraiment de relation claire entre les deux.

- les normes sociales ont un poids important sur nos comportements alimentaires. Les habitudes en matière de structure et rythme des repas, les choix alimentaires, le sens qu'on donne à certains aliments, tout cela est très lié au milieu social et à ce qui nous est transmis.

- il y a de sérieuses limites à l'efficacité des actions ciblant les consommateurs (du style "Mangez 5 fruits et légumes chaque jour"...) et visant à accroître leurs connaissances. Il serait préférable de mener des actions globales et agissant notamment aussi sur l'environnement.

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Il ne suffit pas de répéter "Mangez 5 fruits et légumes" pour changer les comportements !

J'ai apprécié qu'il soit beaucoup question de goût dans les interventions des chercheurs et des représentants du Ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche (MAAP), en espérant que cela se concrétise  dans des actions, notamment à destination des enfants. Il a en effet été noté l'importance de la petite enfance dans la formation des habitudes alimentaires.

Voilà en tout cas matière à réflexion pour les pouvoirs publics. Ceux-ci ont également reçu récemment un rapport du CNA (Conseil National de l'Alimentation). Attendons maintenant la publication du "Plan National Alimentation" pour voir les grandes lignes de leurs décisions en matière d'alimentation. Ce n'est certes pas facile de définir une politique dans ce domaine tant l'alimentation est au carrefour de préoccupations multiples : économique, sociale, géographique, de santé, patrimoniale, éducative, gastronomique, comportementale, ... Il y aurait tant à faire mais l'argent manquera sûrement !

Si vous êtes intéressé (e) par la synthèse du rapport , il est téléchargeable sur le site de l'INRA.

Si vous voulez lire le rapport du CNA, c'est sur le site du MAAP