18/11/2013

Conférence du GROS : "Maigrissez en faim !" : claire et humaine

Jeudi, vendredi, samedi, c'était le congrès annuel du GROS, Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids, dont je fais partie. Je vais vous rendre compte de ce qui m'a intéressée et je commence par la fin. Samedi, j'ai assisté à la conférence grand public. En effet, après deux jours de congrès et d'ateliers plutôt destinés aux professionnels, l'association avait décidé de proposer pour la première fois une conférence gratuite. Cinq intervenants étaient prévus : Jean-Michel Lecerf, Jean-Philippe Zermati, Bernard Waysfeld, Gérard Apfeldorfer, Katherine Kureta-Vanoli : je les connais tous et bien sûr, je suis fort bien informée de l'approche du GROS mais j'avais envie de voir quelles étaient les préoccupations de la salle.

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Les cinq ont fait des interventions courtes, qui m'ont semblé simples, abordables, honnêtes (mais je ne peux pas évaluer le ressenti du public...). Le Professeur Jean-Michel Lecerf (qui avait coordonné le rapport ANSES sur les régimes) a commencé. Ce que j'apprécie chez lui, c'est sa clarté, ses phrases simples et percutantes. Exemples : "Maigrir n'est pas intéressant si c'est pour regrossir" et ce n'est pas intéressant si on n'a pas cherché à comprendre le fond du problème (tiens, cela me fait penser à ma démarche en 4 C...). De nombreuses personnes obèses ou en surpoids n'avaient en fait pas de problème de poids au départ mais "beaucoup commencent à grossir quand elles commencent à vouloir perdre du poids". Il a fortement insisté sur le fait que nous sommes tous différents, qu'il ne faut pas chercher à se comparer à son voisin. Il affirme que "l'obésité n'existe pas, il n'y a que des personnes obèses, toutes différentes, chacune étant un parcours, une histoire, une trajectoire". Et, comme le montrait le rapport ANSES, il est très critique sur les régimes et le dit sous un angle intéressant : "Si les régimes étaient un médicament, ils ne passeraient pas la barre de l'autorisation de mise sur le marché" car dans le rapport bénéfice-risque, le risque est très supérieur au bénéfice ! Mais ne pas faire de régime ne veut pas dire ne rien faire (eh oui, c'est mon travail de tous les jours !) : il prône une approche globale de la personne,= et de l'humilité : "Nous sommes des soignants, pas des guérisseurs" (et donc pas des faiseurs de miracles, comme d'autres voudraient le faire croire...). 

Jean-Philippe Zermati, médecin-nutritionniste et psychothérapeute, a quant à lui essayé de piéger gentiment la salle autour de quelques croyances nutritionnelles courantes (il faut prendre un solide petit déjeuner, manger équilibré pour maigrir, ...) mais le public était visiblement déjà largement averti et ne s'est pas trop laissé prendre. Il a parlé du poids d'équilibre (le "set point") et martelé que "L'idée la plus toxique, c'est de croire qu'on peut choisir de peser le poids qu'on veut" (idée pourtant ô combien répandue et promue...). Il a expliqué avec franchise que tout le monde ne pourrait pas retrouver son poids d'équilibre antérieur mais qu'on ne peut pas le prédire étant donné les différents modes de stockage de nos sympathiques petites cellules graisseuses, de proportions variables chez chacun... Il a expliqué (et je fais la même chose avec les patientes qui me parlent d'atteindre un certain poids très précis) que ce poids d'équilibre, on le découvre progressivement en se remettant à écouter ses sensations, on ne peut pas le déterminer d'emblée.

Gérard Apfeldorfer, psychiatre, a ensuite présenté les trois axes de l'approche du GROS : sortir de la restriction cognitive (le contrôle avec la tête de ce qu'on mange ou pas et combien)) et revenir à l'écoute de ses sensations et de ses envies : "notre corps nous commande, ce n'est pas nous qui le commandons"; développer sa tolérance aux émotions pour sortir du réflexe de manger dès que l'on ressent une émotion désagréable ; s'accepter et accepter son corps avec ses imperfections.

Bernard Waysfeld, psychiatre, a évoqué l'importance de la relation, la nécessité de trouver la bonne personne au bon moment, l'importance de dire la vérité, de faire preuve d'humilité ("le médecin sait qu'il ne sait pas grand chose") et que le soignant a avant tout "un devoir d'humanité". 

Katherine Kureta-Vanoli, diététicienne et vice-présidente du GROS, a poursuivi dans cette voie en parlant d'"écoute respectueuse, empathique et dénuée de jugement"  et elle a décliné des exemples concrets des domaines abordés dans l'accompagnement des patients, en s'appuyant sur leurs phrases et leurs témoignages.

Après les topos des cinq intervenants, parole fut donnée à la salle. Il n'y avait pas que le grand public mais aussi des professionnels de santé. Sabrina, la collègue qui animait, a essayé de privilégier les questions des "patients" car c'était quand même eux les destinataires principaux de la conférence.

La question de trouver la bonne personne est revenue, Katherine Kureta-Vanoli a insisté sur l'importance de la rencontre, du rôle fondamental de la relation. Gérard Apfeldorfer a insisté sur la nécessité de se tourner vers un thérapeute qui connait les problématiques alimentaires : il voit des personnes qui peuvent avoir fait dix ans de psychanalyse, avoir compris beaucoup de choses mais n'avoir pas avancé d'un pouce sur la question du poids et de la nourriture.

Une question habituelle est revenue autour de l'idée que cette approche ne faisait pas maigrir et Jean-Philippe Zermati a réexpliqué qu'écouter ses sensations alimentaires permettait de revenir à son poids d'équilibre si on s'en est éloigné (ou d'y rester bien sûr si on y est !). 

On a aussi parlé de la difficulté d'être en surpoids ou obèse dans le monde du travail notamment, du regard des autres et Jean-Michel Lecerf a insisté sur la nécessité de développer un regard bienveillant.

Des questions ont concerné les enfants : il n'est pas facile de les tenir éloignés des règles alimentaires tant elles sont véhiculées par l'école, les pouvoirs publics, ... l'important de la part des parents est de leur donner une culture alimentaire et de ne pas entraver leur régulation naturelle, ce qui nécessite, en tant que parent d'être soi-même à l'aise avec l'alimentation et pas en restriction...

Au global, des échanges chaleureux qui j'espère seront relayés par les participants autour d'eux pour faire progresser un peu plus le rejet des régimes si néfastes.

Si certain(e)s d'entre vous ont assisté à la conférence, votre regard m'intéresse évidemment !

Commentaires

Bonjour,

Je n'étais pas à la conférence, dommage, j'aurai bien aimé. Mais n'étant pas parisienne c'est tout de suite plus compliqué.

Ceci dit, en tant que future diet, j'ai une question ou remarques appelons ça comme on veut qui me taraude. J'aime beaucoup l'approche du GROS, leur approche naturelle, simple et surtout sans régimes drastiques! Mais pourquoi est ce qu'ils cherchent toujours à l'opposer à l'approche alimentaire pure ? pourquoi ne pas essayer de les faire cohabiter? Pourquoi rejeter tout conseil nutritonnel pour juste dire "s'écouter, écouter son corps et sa propre régulation" ?

Par exemple dans cette phrase "il n'est pas facile de les tenir éloignés des règles alimentaires tant elles sont véhiculées par l'école, les pouvoirs publics, ... l'important de la part des parents est de leur donner une culture alimentaire et de ne pas entraver leur régulation naturelle, ce qui nécessite, en tant que parent d'être soi-même à l'aise avec l'alimentation et pas en restriction..." -> pourquoi ne pas faire les deux? Les aider à avoir de bonnes bases alimentaires + leur propre régulation? Dit comme ça, les "règles alimentaires" semblent être une hérésie absolue et un démon que l'on apprend à l'école. Mais comment faire quand certains enfants ou ados ne se nourrissent que de tartines/nutella même s'ils mangent à leur faim sans plus ni moins? J'ai vu l'exemple une fois, un groupe d'ados en vacances, ils ont mangés tartine/nutella tous les jours et rien de plus, ils ont mangés à leur faim, n'ont pas bougé d'un gramme en poids mais sont revenus après 15j avec une constipation puissance 15.

Parce que mine de rien, la partie "tentation" induite par le marketing des marques, la sur-offre alimentaire que l'on trouve, l'apatage permanent des consommateurs, est belle et bien réelle et a un impact fort sur le comportement alimentaire, même si on a plus faim...

Bref voila mes réflexions du jour :)

A+
Karine

Écrit par : Karine | 18/11/2013

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@Karine je n'ai peut-être pas été assez claire, c'est ce que j'ai appelé "donner une culture alimentaire" : montrer, faire goûter, avoir certains usages, et donner l'exemple de parents mangeant tranquillement de tout. Cela permet ensuite en grandissant d'écouter ses "appétits spécifiques" naturellement et sans se forcer (c'est ainsi qu'on a une alimentation variée). Alors que c'est justement quand on a des règles très strictes qu'on va se lâcher dès que les parents ne sont pas là... A relire aussi : http://ariane.blogspirit.com/archive/2011/01/30/faisons-gouter-les-enfants.html

Écrit par : Ariane | 18/11/2013

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Ah pfiou ça me rassure alors :) Parce que Dr. Zermati dans son livre pour le coup c'est pas clair de cette alliance entre bien manger et s'écouter :)

Écrit par : Karine | 18/11/2013

Je pense qu'il y a vraiment une incompatibilité entre les deux : soit on mange "bien" suivant le canon de la diététique (5 fruits et légumes par jour, le Nutella c'est le MAL ;-),... les ados dont parle Karine sont parfaitement bien informés et goûtent avant tout le plaisir de la transgression), soit on s'écoute. Pour moi le mélange des deux crée un résultat plutôt pénible :un petit chocolat par ci (culpabilité), des brocolis (que je n'aime pas vraiment) plutôt que des frites à la cantine, que faire à dîner le soir ?... Comme le dit Apfeldorfer dans l'interview du site "Pensées by Caro", manger c'est devenu un tantinet angoissant.

Merci pour ce site en tous cas, ça me décontracte un peu (et pourquoi ne pas prendre les frites à la cantine la prochaine fois , chiche ?).

Écrit par : nathalie | 19/11/2013

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@Nathalie aucune incompatibilité ! pas de séparation bons et mauvais aliments ! Ecouter ses envies, se faire confiance, c'est constater peu à peu qu'on mange de tout, qu'on ne se gave pas de chocolat ou que si on l'a fait, on a vite envie d'autre chose. Si on perdu cette confiance, on peut la retrouver progressivement

Écrit par : Ariane | 19/11/2013

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Tout à fait d'accord :) Le canon de la diététique ne sépare pas bon et mauvais aliments :) Seuls les mauvais régimes le font :) D'ailleurs à chaque fois que je prends des frites à la cantine ou un sandwich ou choux à la crème j'ai droit à "Ah tu es future diététicienne et tu manges des frites/sandwich/choux à la crème". He oui, on peut manger équilibré, suivant les "conseils alimentaires", avec des bonnes patisseries ou frites et en s'écoutant :)
A+
Karine

Écrit par : Karine | 20/11/2013

Les gens angoissent de plus en plus rapidement lorsqu'ils prennent un peu de poids ce qui n'arrange rien puisque le mal-être peu parfois influer sur notre alimentation et vice et versa... Pour moi, maigrir n'est donc pas seulement lié à l'alimentation mais aussi l'état d'esprit et l'activité sportive.

Écrit par : Lola @food saver | 20/11/2013

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@Karine merci, absolument d'accord, l'équilibre se fait sur la durée et n'ayons aucun interdit ! Moi aussi, je mange de tout et écoute toutes mes envies y compris de bons gâteaux !

@Lola on peut bouger pour le plaisir mais ce n'est pas une nécessité pour perdre du poids...

Écrit par : Ariane | 20/11/2013

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Le problème je crois, pour beaucoup de monde, consiste justement à "écouter" ses sensations alimentaires et s'arrêter à satiété, alors que le plaisir de manger incite à reprendre une voire plusieurs portions…par pure gourmandise.
Je me trompe peut-être, mais si tout le monde écoutait plus souvent ses sensations alimentaires on aurait moins de problèmes de surpoids, digestion, maux de ventre, troubles du comportement alimentaire et tous les soucis qui vont avec. La surabondance de nourriture actuelle tend à brouiller les pistes et les repères.

Écrit par : Polina | 20/11/2013

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@Polina réapprendre à écouter ses sensations, c'est justement ce que les praticiens du GROS, dont moi, nous aidons nos patients à faire car en effet beaucoup l'ont oublié ou ne le font pas pour diverses raisons (émotions, manque d'attention, ...) et il n'est jamais trop tard !

Écrit par : Ariane | 22/11/2013

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